ISABEL MICHEL
Ce sont des formes oblongues, mais parfois elles se ramassent sur elles-mêmes, au lieu de s’étirer, et c’est la densité, alors, qui l’emporte sur la grâce. Ce sont des formes qui font penser à… mais sans que l’on puisse dire à quoi. Biomorphes, sans doute, mais alors, ici, c’est à quelques plantes inconnues, plus encore qu’à des corps, que l’on se prend à songer. Sans certitude. Et c’est bien là ce qui fait la qualité du travail d’Isabel Michel : sa qualité d’incertitude. Peinture abstraite, mais d’une abstraction que l’on sent extraite du monde : non pas au sens d’une coupure, mais, tout au contraire, parce que, chez cette artiste, extraire c’est concentrer, ne conserver de la vie nulle apparence extérieure pour mieux en exprimer la pulsation, le battement. Couvrir, découvrir, étaler la couleur, donner forme ronde et close à la couleur, peindre maigre et travailler la surface. Ainsi avance le travail d’Isabel Michel, dans ce balancement entre faire et défaire, qui est non pas hésitation mais conscience, poussée jusqu’à son point le plus aigu, de la précarité de l’acte de peindre.

Pierre Wat, historien et critique d'art, 2006
Isabel Michel